Nous avions dès le départ un intérêt plus marqué envers les Indiens d’origine Maya, très présents dans cette région des Hautes Terres, et le désir de les rencontrer..
Lorsque Elsa et Guillaume nous ont proposé de les accompagner dans les différents groupes de femmes tisserandes avec lesquelles La Milpa travaille, nous nous sommes senti très privilégiés : nous allions rencontrer dans leur village les personnes qui tissent, cousent et brodent les pièces qui arrivent jusqu’en France. Ces pièces tissées et brodées, nous les proposons aux ventes de La Milpa que nous organisons dans le sud des Cévennes où nous vivons. Nous les touchons, nous en admirons les broderies, les couleurs et les trames, sans toutefois bien se représenter, avant cette belle occasion de nous rendre sur place en septembre 2011, d’où elles viennent et les chemins de leur fabrication.
Zinacantan Notre première visite sera pour le groupe de femmes de Zinacatan, grand village indien Tzotzil proche de San Cristobal. Six ou sept femmes sont là. Ce groupe a la particularité de ne pas faire partie d’une communauté zapatiste. Il est composé de femmes de divers âges, dont deux sont étudiantes à l’université, ce qui n’est pas courant et représente à mes yeux un exemple encourageant pour l’avenir des femmes en général.
Ici, la coopérative vient de faire l’acquisition de machines à coudre électrique et toutes ne sont pas encore à l’aise. Elles travaillent sur des couettes pour bébé, modèle qu’Elsa a proposé et dont elle ramènera quelques pièces à la fin de la séance de travail de l’atelier.
La coopérative Nichim Rosas La journée la plus significative de l’action de la Milpa pour moi sera celle passée à Aguacatenango, à 40 km environ de San Cristobal, dans une zone de plaine ample, très arrosée et verte, avec un lac au fond de la vallée où des pêcheurs lanceront l’épervier toute la journée. Il y a beaucoup de bétail, vaches, chevaux en liberté dans les pâtures autour du lac. Sur le terrain zapatiste, à côté du nouveau local de la coopérative des femmes (dont l’aménagement a été en partie financé par La Milpa) se trouvent une petite épicerie collective. On trouve plus loin le poulailler, la cuisine collective, l’école autonome, la radio communautaire.
Cela fait plusieurs années qu’Elsa accompagne le groupe de Nichim Rosas. Nous ressentons les liens de confiance et d’amitié qui les rapprochent , nous savons qu’elles ont partagé des moments difficiles et que les femmes s’appuient sur Elsa pour développer leur savoir-faire et consolider leur coopérative. Quelques enfants sont là ainsi que deux maris. L’un brode un moment une chemise blanche« pour aider sa femme », nous dira -t-il. Il est ensuite relayé par une fillette. L’autre tient l’épicerie. Il parlera longuement avec Robert et Guillaume, expliquant le mouvement de résistance zapatiste contre les tentatives de l’état du Chiapas et du gouvernement fédéral pour supprimer la propriété collective des terres et promouvoir la propriété individuelle. Il posera aussi beaucoup de questions sur l’organisation de la vie en France. Le groupe va travailler durant trois heures. Deux jeunes femmes s’exercent à la coupe d’un modèle de robe d’enfants, ce qui est assez nouveau pour elles. D’autres assemblent, cousent et brodent ces petites robes pour La Milpa. La rencontre se termine par un repas partagé, le gâteau fait par Ixchel et Guillaume aura beaucoup de succès ! Nous nous sommes sentis bien parmi eux.
A Magdalenas Notre rendez-vous avec la coopérative de Magdalena de La Paz (45 tisserandes) ne se fera pas car lorsque nous arrivons à Aldama (le nom officiel du village), Maria, la responsable de la coopérative n’a pas reçu l’information ! Nous passerons tout de même un moment agréable chez Maria, qui pour nous accueillir nous offre un verre d’atol, une boisson bien chaude à base de maïs nouveau un peu aigre. C’est l’occasion aussi de lui dire combien les textiles de la coopérative Magdalena sont appréciés et admirés en France ! Elsa convient avec Maria de plusieurs travaux que les femmes pourront réaliser d’ici la prochaine rencontre. Elle récupère aussi des broderies pour un modèle en préparation. Je peux quand à moi lui acheter, au prix juste, quelques ouvrages qui feront de beaux cadeaux ! Alors que nous roulons pour quitter le village,nous rencontrons un groupe de jeunes femmes de la coopérative qui reconnaissent avec joie Elsa , Guillaume et les enfants. Nous sentons là encore que les liens sont forts et chaleureux.
En résistance De ce voyage au Chiapas, l’événement qui m’a le plus marqué a été la visite d’un des 5 « caracoles » zapatistes, celui d’Oventic. Le caracol, en espagnol, c’est l’escargot. L’image ici symbolise la dynamique en spirale du mouvement zapatiste. Les 5 caracoles zapatistes au Chiapas sont les sièges du gouvernement. Ce sont des lieux que le mouvement protège, pour d’évidentes raisons de sécurité, et que l’armée fédérale surveille. A Oventic, Elsa avait rendez-vous avec le Conseil de bon gouvernement (la « Junta de buen govierno ») pour l’informer de l’action de notre association et afin d’obtenir l’autorisation de poursuive le travail avec les coopératives Nichim Rosas, Mujeres por la Dignidad et aussi développer un nouveau partenariat avec le collectif de tisserandes Mujeres en Resistancia..
Rencontrer la Junta est impressionnant. Les six personnes en face de nous, les hommes comme les femmes, sont masquées par une cagoule ou un foulard. Après discussion autour de la démarche de La Milpa et les retombées positives sur les coopératives, la junta délibère, puis nous fait savoir qu’elle accorde à l’association l’autorisation de travailler avec chacun des trois groupes sur le lieu du caracole, où chaque groupe possède un atelier, un petit magasin, et son siège social où les femmes s’y relaient, à tour de rôle, de semaine en semaine. C’est, dans le contexte actuel de grande prudence du mouvement, une décision encourageante. Elsa se rend sur le champ auprès de chacun des groupes d’artisanes pour les informer de la décision de la junta, et pour planifier des ateliers.
Pendant ce temps, nous avons pu circuler dans l’allée centrale du caracole depuis le poste de garde jusqu’au lycée en passant par la clinique. Nous avons pu prendre des photos des fresques sur les bâtiments, et respecter la demande de ne pas photographier les personnes. Celles-ci d’ailleurs resteront à distance. Nous nous sommes rendus dans chacun des magasins des coopératives pour regarder à loisir les articles présentés et en acheter.
Voici donc un petit résumé de notre découverte des coopératives d’artisanes du Chiapas. Ce que nous avons pu aussi observer en nous promenant ou en circulant ici ou là c’est que dès qu’elles le peuvent, lorsque les travaux quotidiens sont terminés, les femmes se mettent à l’ouvrage !
Certaines filent la laine à proximité de deux ou trois moutons attachés à côté de la maison, d’autres tissent sur leur métier noué autour de la taille. Et puis il y a celles qui brodent sur des ouvrages en cours, même lorsqu’elles sont installées par terre, pour vendre dans les rues de San Cristobal ou d’Ocosingo, ou lorsqu’elles tiennent la boutique de leur coopérative. De son côté Elsa, dès qu’elle a un peu de temps devant elle, travaille sur de nouveaux modèles, réalise des prototypes, harmonisant tissus, couleurs et broderies pour être au plus prêt des goûts des futurs acheteurs de cet artisanat tout en valorisant l’expression des talents et de la culture de ses amies, les artisanes chiapanèques de Los Altos !.